Les secrets de fabrication d’une statue

Comment fabrique t-on une statue en bronze ? Dans les musées les sculptures regorgent de secrets ! Découvrez l’autopsie d’une locataire du musée du Louvre.

Une statue du Musée du Louvre, la Renommée, est auscultée aux rayons X pour tenter de comprendre les savoir-faire de l’art français du bronze au XVIe siècle. Reportage dans les coulisses du laboratoire de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF).

Commandée pour le monument funéraire de Jean-Louis de La Vallette, duc d’Épernon, gouverneur de Gascogne et de Marguerite de Foix-Candale, dans l’église Saint-Blaise de Cadillac (Gironde), cette figure représente la Renommée soufflant de la trompette. Elle avait pris place au sommet d’un monument funéraire à baldaquin. Les ailes de La Renommée ont été refaites en bronze par le sculpteur Chinard, en 1805.

Au sommet d’un mausolée

En 1597, le duc d’Épernon (1554-1642), gouverneur de Gascogne, fit de son château de Cadillac (Gironde) une somptueuse résidence. Il chargea le sculpteur Pierre Biard d’élever son monument funéraire dans l’église Sainte-Blaise de Cadillac. L’ordonnance du mausolée, connue par le dessin d’un voyageur hollandais Van der Hem (BNF, cabinet des Estampes), suivait le modèle des tombeaux royaux de Saint-Denis (Louis XII, François Ier et Henri II). Au sommet, encadrée par les statues priantes des défunts, le duc et sa femme Marguerite de Foix-Candale, se dressait la statue de bronze de la Renommée soufflant dans la trompette de la bonne renommée et tenant dans la main celle de la mauvaise.

Chef-d’oeuvre de l’art

On retrouve cette iconographie dans certains grands tombeaux aristocratiques de l’abbaye de Westminster. Le tombeau offrait une riche polychromie de matériaux, selon l’usage en France à la Renaissance : statues de marbre blanc, colonnes de marbre rouge, chapiteaux et Renommée en bronze. Il fut détruit en 1792 : quelques fragments en marbre subsistent, conservés au musée d’Aquitaine à Bordeaux.
La Renommée, considérée comme un chef-d’œuvre de l’art, fut épargnée et placée dans la bibliothèque de Cadillac en 1794. Transférée à Bordeaux en 1804, elle fut restaurée vers 1805 par Joseph Chinard (grand sculpteur de l’Empire) : il refit en bronze les ailes brisées, originairement en bois ; il modifia la position de l’aile gauche : alors qu’elle partait horizontalement vers l’arrière, il la dirigea vers le haut. Les trompettes et le socle d’origine sont manquants. La statue entra au musée du Louvre en 1834, où elle fut inscrite par erreur comme provenant du château Trompette.

Une fonte exemplaire


La figure, un peu plus grande que nature, est en bronze à patine de couleur brun foncé. La surface du bronze est lisse, sans trace de réparation. La fonte a été effectuée à la cire perdue, d’un seul jet, ce qui représentait alors une prouesse technique pour une statue de cette taille, dont les membres sont aussi détachés.

Un maniérisme français

L’attitude tournoyante du corps et la pose en équilibre précaire sur la pointe du pied rappellent le Mercure de Jean de Bologne, oeuvre qui lui fut attribuée au XIXe siècle. Ce sculpteur d’origine flamande installé à Florence dans la deuxième moitié du XVIe siècle, influença notablement la sculpture européenne. Pierre Biard, qui est s’est rendu à Rome vers 1577-1590, a pu voir un exemplaire du Mercure, qui s’y trouvait à cette date. Il imprime une force et un dynamisme intenses au nu féminin. La fluidité des volumes se découvre sous ses différents aspects en tournant autour de la statue. Le sculpteur s’est pourtant éloigné du modèle italien par un certain naturalisme. Il modèle un corps aux chairs généreuses et représente la bouche et les joues déformées par l’effort de souffler. Cette recherche de naturel caractérise la forme prise en France par le maniérisme international, appelé seconde école de Fontainebleau.

Bibliographie

– BEYER Victor et BRESC-BAUTIER Geneviève, La Sculpture française du XVIIe siècle au musée du Louvre, Bergame, Grafica Gutemberg, 1977, Paris, 1977, n. p.

– PERRIN Joël, « La chapelle et le tombeau des ducs d’Épernon à Cadillac », in Société archéologique de Bordeaux, t. LXXVII, Bordeaux, 1986, pp. 40-44.

 

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